Bijouterie durable

Vous êtes ici : Nunc & Semper / Les chevalières

LES CHEVALIERES HERALDIQUES.

 
UNE CHEVALIERE : quelle chevalière ?
 
Premièrement, la voulez-vous « pleine » ?
 
« Pleine », cela veut dire « Massive ». En effet, il existe des chevalières « creuses » et même « semi-creuses », c'est-à-dire « semi pleines » … Déjà là, on peut se perdre… C’est évidemment très important car, « massive » ou « creuse », ces deux chevalières peuvent avoir exactement la même apparence extérieure. Par exemple, en photo sur Internet, on ne voit pas ces différences. Mais en matière de chevalière, on paye « du poids », c’est-à-dire qu’entre un article « creux » et un article « plein », le prix peut aller du simple au double, ou au quadruple ou davantage…
 
Deuxièmement, pleine « de quoi » ?
 
Il y a des chevalières qui sont bien « pleines », mais pas pleines d’or : elles peuvent être pleines de quantités de métaux, (parfois très pauvres comme le maillechort), ou nettement plus précieux, comme l’argent. Ensuite, un « placage » d’or peut recouvrir efficacement ce métal. Dans le cas d’une chevalière en métal argent « plaquée» en or,  on parle d’une chevalière en « vermeil ». Le vermeil n’est pas un « métal » en soi. (La plupart des articles d’orfèvrerie religieuse par exemple (calices, ciboires, ostensoirs, etc…) sont en « vermeil », ainsi que les médailles « d’or » des athlètes des Jeux Olympiques, et quantité d’autres médailles présentées comme étant « de l’or ». Vu de l’extérieur, dans une vitrine ou sur Internet, on ne voit absolument aucune différence ….
 
Troisièmement, lorsqu’elle est pleine d’or, de quel or s’agit-il ?
 
Là encore, il y a de nombreuses « qualités » d’or. On entre ici dans les spécificités de la bijouterie et notamment dans la distinction entre l’or « 24 carats », « 18 carats » ou « 9 carats ». On pense que ces questions sont connues du grand public, mais en fait, c’est loin d’être le cas. Elles font l’objet d’un document spécifique sur notre site : le « titrage » de l’or.
 
Une fois qu’on a répondu à ces trois questions, il s’agit d’en poser une autre, relative à la fabrication de la chevalière : est-elle « fondue » ou « forgée » ?

chevalières héraldiques
FORGE/FONDU : les fondements de la fabrication en bijouterie.
 
Admettons que vous souhaitiez une chevalière « massive », en « or 750/1000ème », il faut encore savoir si vous la voulez « fondue » ou « forgée ».
 
Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de s’informer sur cette différence technique, qui est l’un des éléments les plus anciens de notre métier. (Nous y avons consacré deux documents : « Les 3 âges de la bijouterie » et « Fondu/Forgé : la guerre ancestrale »).
 
Rappelons ici la conclusion : un article « forgé » est d’une qualité très nettement supérieure à un article « fondu » mais, du point de vue extérieur, du point de vue de l’aspect final, notamment sur des photos ou dans les vitrines, il est impossible à l’œil de voir la différence, et très difficile, même à un professionnel, de dire exactement si un article est fabriqué en « fondu » ou en « forgé ».
 
La réalité, c’est qu’aujourd’hui 90% des bijoux sont  fabriqués en « fondu ».

chevalières forgées
LA GRAVURE.
 
La plupart du temps, la personne qui fabrique la chevalière et la personne qui la grave sont différentes car ce sont deux prestations totalement distinctes, qui font appel à des compétences qui n’ont rien à voir entre elles.
 
Evacuons tout de suite les gravures faites par des machines à fraise ou par des lasers, ainsi que les initiales « rapportées » en relief par soudure. Admettons ici que l’on ne parle que de la gravure « à la main » et à la main « dans les règles de l’art ». Néanmoins, nous parlerons d’un nouvel intervenant dans le monde de la gravure : le graveur numérique.
 
A partir de là, il y a deux sortes de gravures : les gravures ornementales, et les gravures héraldiques.
 
Les gravures ornementales sont constituées par des gravures de type calligraphie, initiales, ou symboliques, toujours en creux, mais « à l’endroit » : ici la gravure, pour autant qu’elle soit faite à la main, est lisible en regardant la chevalière.
 
Les gravures héraldiques sont constituées par des blasons héraldiques, avec ou sans casque, avec ou sans lambrequins, toujours en creux, mais réalisées « en miroir » : cela veut dire que les armes gravées ne peuvent se lire que frappées dans une cire, pour constituer un sceau.
 
Cette technique de la gravure dite « héraldique » est une spécialité majeure de l’art bijoutier, mais tellement difficile, tellement spécifique, qu’elle est pratiquée aujourd’hui par très peu de personnes dignes de ce nom (sans doute moins de 10 en France). Normalement, un graveur héraldiste ne fait « que » ça : c’est ce qui fait sa qualité, sa spécificité. De plus, il doit pratiquer son art sans arrêt pour ne pas perdre la main.
 
Encore une fois, dans un monde idéal, un graveur, ça « grave ». Un bijoutier, s’il équipé pour forger et qu’il en a la compétence, il peut forger. Mais le forgeage d’un métal, c’est quasiment de l’industrie lourde. La plupart des bijoutiers en sont loin, très loin.
 
Quant aux graveurs qui présentent des catalogues de chevalières, ces chevalières proviennent en général d’ateliers tiers avec lesquels ils sont en relation. Dans la bijouterie peut-être plus qu’ailleurs, il y des dizaines de métiers différents et il n’est pas rare que de nombreuses « mains » (correspondant à des compétences variées) interviennent pour réaliser correctement un seul bijou.
 
Spécificités de la gravure héraldique.
 
De plus, les graveurs héraldistes utilisent des « poinçons » pour graver la plupart des motifs de leurs armoiries.
 
Par exemple, si le graveur doit graver une « Fleur de lys », il peut la graver directement en creux avec une échoppe. Mais quand il y en a plusieurs sur le même blason, comment fait-il pour les faire toutes identiques ? Il grave en positif un poinçon du motif, qui sera « trempé » par la suite, et qui sera « enfoncé » dans le bijou pour constituer une gravure.
 

gravure héraldique
Ainsi les graveurs héraldistes se constituent des « outils » qui pourront servir autant de fois que nécessaire par la suite. Que ce soit des lions, des aigles, des fleurs de lys, des étoiles, des tours, des lunes, etc… lorsque le graveur a un « outil poinçon » au format, il le positionne sur son ouvrage et la gravure se fait par poinçonnage au marteau.
 
Pour être frappées hardiment, ces chevalières doivent être bien forgées et disposées sur une sorte d’étau, lui encore très spécifique. Au final, les graveurs héraldistes constituent leurs propres collections de poinçons de tous les motifs possibles et imaginables (en héraldique, on dit des « meubles »). Ils en ont des centaines, parfois des milliers, soigneusement rangés par formes et par formats (car en fonction des motifs, il faut des dizaines de formats du même motif).
 
On comprend mieux pourquoi ce métier est très spécial, affaire de spécialiste, d’où sa rareté.
 
LA GRAVURE PAR CAO
 
Si ces graveurs héraldistes "à la main" deviennent aussi rares, c’est également en raison d’un nouvel arrivant dans le monde de la chevalière héraldique : on va l’appeler le graveur « CAO » ou graveur « numérique ».
 
La Conception Assistée par Ordinateur (C.A.O, donc) n’est pas un artisanat d’art, mais un travail de bureau : il s’agit de muscler l’index pour manier une souris informatique sur un écran, et dire à l’ordinateur ce qu’il doit faire…
 
Tout ça pour dire que désormais, il suffit de scanner une armoirie, d’envoyer ce dessin « 2D » dans un logiciel « 3D », qui va vous restituer votre blason au format, prêt à être « imprimé » par une « imprimante 3D », laquelle va réaliser une « cire » qui sera remise à un « fondeur » : voilà comment on peut rendre tous les motifs sur toutes les chevalières sans aucun graveur…
 
Ici, il suffira de demander « au logiciel » si la gravure de votre blason doit être faite « à l’endroit », (pour lire vos armes en regardant la chevalière), ou « en miroir », (pour les lire sur un cachet de cire). Cette inversion se fait par une touche de clavier. Bien évidemment, ces gravures « numériques » ne peuvent se faire qu’en « fondu », sur des chevalières généralement elles-mêmes fondues, selon le principe de la « cire perdue », laquelle sera « imprimée » de manière incroyablement fine par une « imprimante 3D ».
 
Aujourd’hui, n’importe quel bijoutier peut commander le processus complet d’une chevalière héraldique gravée à vos armes et à votre doigt sans s’adresser ni à un professionnel de la frappe, ni à un professionnel de la gravure.
 
Ainsi va notre époque. Pour l’instant, les clients particuliers s’adressent encore aux « bijoutiers » pour faire faire une chevalière, même par CAO.
 
Mais lorsque « l’objet » (et même « l’objet d’art ») ne devient plus qu’un « fichier » informatique, les particuliers peuvent réaliser directement leurs pièces, leurs bijoux, leurs chevalières, avec leur propre ordinateur. Le « bijou » n’est plus affaire de bijoutier, de spécialiste, de « mains expertes » mais de capacité à manier des logiciels.
 
Les graveurs héraldistes, les « vrais », ceux qui galèrent des heures à la binoculaire pour réaliser des blasons à l’échoppe et au poinçon, vous diront qu’une gravure « numérique » est une insulte à leur art. Ils vous diront que « cela n’a rien à voir », qu’une gravure  numérique sera toujours moche, sans âme, insipide, nulle : ils auront raison. Mais un grand nombre de clients s’en moquent et les prestations présentées, sur Internet notamment, laissent perplexes.

chevalière fabrication artisanale
 
 
LES COPIES en "fondu"
 
Lorsque vous avez offert à votre fils aîné sa chevalière, bien forgée et bien gravée aux armes de la famille dans les règles de l’art, le problème du renouvellement peut se poser, pour les autres enfants par exemple.
 
Et là, vous pouvez trouver des bijoutiers qui vous proposent de « copier » des chevalières existantes, pour la moitié du prix, et même moins. De quoi s’agit-il ?
 
Il s’agit de quelque chose de très courant, qui consiste à copier, en la moulant, n’importe quelle chevalière. Le blason va se « copier » dans ce moule, sans qu’aucun graveur n’intervienne.
 
Si vous n’êtes pas exigeant sur la qualité et sur le rendu des détails, si vous ne craignez pas une gravure toute piquée, un peu floue, à la « définition » molle, cela peut convenir. La chevalière brillera comme celle du grand-frère. Il suffit de faire une « mise à la mesure » du doigt.
 
Si le bijoutier vous explique bien le processus, s’il ne vous vend pas du « forgé » pour cette réalisation sommaire, si le prix est au moins inférieur de moitié à un bel article forgé et correctement gravé, c’est à chacun de voir. On ne peut empêcher personne de copier un article dont il est propriétaire. L’essentiel est de le savoir et de ne pas s’étonner d’un résultat qui peut choquer à la comparaison.
 
Il faut aussi trouver le bijoutier qui va rentrer dans ce processus de copie (un peu servile, il faut bien l’avouer),  car certains s’y refusent.
 
Haut de page