Bijouterie durable

LES 3 ÂGES DE LA BIJOUTERIE

1- L’âge du métal.

 
 « Au commencement était l’or » : en ce temps-là, on travaillait le métal, et ce métal est précieux.
 
Cela semblait « normal » puisque d’origine, - et par étymologie - l’orfèvre « travaille l’or ». (du latin aurum, or, faber, travailler). Par extension, le bijoutier-orfèvre travaille tous les métaux précieux.
 
Ce métal, il est travaillé de différentes manières : par laminage, étirage, sciage, limage, repoussage, ciselage, frappes, etc. : on résume le travail du métal par le mot « forgeage ».
 
Toutes les techniques de la « métallurgie » sont appliquées en modèles réduits à ce métier très méticuleux, au sein duquel des « doigts de fée » façonnent de petites quantités, une par une.
 
Ce qui caractérise aussi les ateliers de bijouterie, c’est la frénésie de la récupération : les chutes, les limailles, les « restes », sont récupérés avec un soin extrême, afin de les retraiter, et de les réinjecter dans le processus de fabrication. Il est vrai que ce métal, même à l’état de limaille, vaut très cher.
 
Précisément, le principal problème que pose le travail du métal, c’est la chute de matière qu’il génère. « Usiner », en métallurgie, forger, frapper, déformer, non seulement cela demande une « avance métal » considérable, mais cela fait des copeaux, des limailles, bref de la « chute ».
 
Quand on parle d’or, la réutilisation des chutes devient fondamentale. En effet, lorsque le gramme d’or atteint 3 fois le prix d’une heure d’ouvrier en moyenne, le moindre gramme perdu est une catastrophe industrielle.



 
2- L’âge de la cire.
 
Ces difficultés ont accéléré le processus industriel dit « de la fonte ». Le principe est le suivant : au lieu d’usiner des plaques de métal pour façonner des formes à assembler, les objets sont façonnés directement en injectant du métal en fusion dans des moules. En sortie de moule, l’objet a sa forme définitive. Le résultat, c’est une « avance métal » quasi nulle, et un taux de chute voisin de zéro.
 
C’est pourquoi, au fil du temps, au lieu de travailler un matériau dur et très cher, les bijoutiers vont apprendre à travailler la cire, un matériau souple, facile, malléable, déformable à volonté, et très peu cher. De plus, si un ouvrier doit refaire une pièce, on perd du temps, mais on ne perd pas de matière (précieuse).
 
Voilà comment le métier a évolué vers un fractionnement des tâches : Il y a désormais plusieurs « métiers » dans le métier : le dessinateur dessine les modèles, le maquettiste fait les cires, le fondeur rend la cire en métal solide, le bijoutier assemble les « sorties de fonte », le sertisseur « fait tenir » les pierres précieuses, les polisseuses font briller le tout, et les marchands vendent : l’élaboration d’un bijou est une affaire de « spécialiste » à chaque niveau. C’est ce qu’on appelle « la chaîne » de fabrication du bijou.


 
 

3- L’âge du numérique.
 
Jusque-là, le travail de la main avait gardé toute sa place, sa pertinence, sa qualité. Quel que soit le niveau de la « chaîne » dans laquelle il évolue, l’artisan utilisait sa tête et ses mains, pour façonner une partie du travail.
 
Mais avec la révolution « numérique »,  « l’objet bijou » - objet d’art…- devient un « fichier informatique » : on change de monde, car de la création du bijou jusqu’à la sortie de fonte, aucune « main » ne va intervenir. On peut même aller plus loin puisque certaines chaînes de production numériques permettent de créer entièrement des pièces de joaillerie en grande série, dont toute la chaîne est automatisée, y compris le sertissage, le polissage final, jusqu’à l’emballage avec « code barre » d’identification pour la gestion des stocks, le contrôle pondéral, les déclarations en douanes etc.
 
Jusqu’au début des années 1990, les logiciels de Conception Assistée par Ordinateur – C.A.O. - permettaient de créer des plans. Ensuite, même s’ils arrivaient à fournir une « vue 3D », les plans étaient transmis à la main de l’homme, pour réaliser les pièces.
 
Mais depuis une dizaine d’année, les objets « 3D » réalisés par les logiciels de CAO sont expédiés à des « imprimantes 3D », qui réalisent directement les « cires », par application de couches successives. Clairement, le maquettiste d’antan est en train de disparaître.
 
C’est ainsi qu’un grand nombre de bijoutiers ont investi dans ces ordinateurs pour réaliser eux-mêmes leurs modèles. Ensuite, ils envoient leur « fichier » chez le fondeur « par internet ». Le fondeur exécute la cire avec ses « imprimantes 3D », puis la pièce fondue. Cette pièce est « réparée » puis confiée au sertisseur, pour l’assemblage des pierres précieuses.



 

La fracture.
 
La fracture est en train de se creuser entre les Maîtres, qui pratiquaient les yeux fermés des gestes « ancestraux » et leurs élèves, qui ne savent même plus exécuter un limage « au carré » en sortant de l’école.
 
Par contre, ces jeunes gens, connaissent « JewelCAD » ou « Rhino » ou « 3Ddesign » par cœur. Leur souris glisse avec dextérité sur les écrans plats. On « réduit le poids » à l’écran. S’il faut modifier l’angle de courbe, il suffit d’indiquer au logiciel l’angle qu’il doit prendre. Idem pour « lisser les surfaces »… Le rendu « 3D réaliste » vous laisse sans voix : une bague plus vraie que nature tourne sur elle-même dans une valse virtuelle.
 
Ces « bijoutiers » vous font une bague en une heure, à l’écran, sans toucher un bout de métal ! L’imprimante 3D va faire la cire pendant la nuit. Demain matin à 9 heures, la bague sera prête « en sortie de fonte ».

 
Numérisation 3.0
 
Le problème, si l’on peut dire, c’est que ce bijoutier « moderne » est déjà dépassé.
 
En effet, des entreprise se sont spécialisées dans la conception numérique des bijoux et proposent des bases de données de centaines de milliers de pièces de joaillerie.
 
Désormais, avec un « code d’accès » à une base de données située aux Etats-Unis, les professionnels peuvent choisir plus de 10 000 pièces de joaillerie. On voit les bagues « en 3D », (virtuelles, bien sûr), des boucles d’oreilles, des pendentifs, des bijoux de toutes sortes, on met les « produits » que l’on veut « dans le panier » (tout aussi virtuel) et, depuis les Etats-Unis, le « modèle » est envoyé par Internet aux « imprimantes 3D » du fondeur situé à Lyon. Le lendemain, nous pouvons aller chercher notre bague, ou notre pendentif, ou tout autre bijou, chez le fondeur, en argent ou en or, en or jaune ou or gris.
 
Le « versement » du métal se fait de compte à compte. Une autre « main » fait l’assemblage. Une autre main fait le sertissage.
 
Deux jours après, on peut aller chercher sa bague entièrement terminée, sans avoir eu à toucher un seul bout de métal, sans avoir eu à limer, à fondre, à souder, à polir, etc. Voilà comment l’on passe de la «bijouterie de papa » à la bijouterie actuelle : sans quitter Internet. Bien sûr, avec une offre pareille, ce n’est même plus la peine de se fatiguer à modéliser soi-même les « produits » : tout existe déjà, et tout sera plus ou moins copié un jour ou l’autre.
 
On voit déjà de grandes marques de Joaillerie proposer des articles de ces « bases de données ». Un détail est à peine changé numériquement et ensuite, les bagues sont signées au laser du nom de la marque pour justifier des « coefficients multiplicateurs » délirants.

 
Révolution
 
Ce processus de numérisation a envahi tous les secteurs de l’activité manufacturière. Au niveau « industriel », il serait vain de tenter d’y échapper. Néanmoins, il faut mesurer l’importance de cette révolution dans les ateliers.
 
Aujourd’hui, 90% des volumes de la bijouterie sont des pièces industrielles, vendues dans des magasins de « grande diffusion », auprès d’un public totalement ignare des techniques de fabrication.
 
Dernier avatar du métier : le « scanner 3D ». Véritable « photocopieur » 3D, il vous « copie » n’importe quelle forme en la « numérisant ». Une fois numérisée, la pièce est à son tour « imprimée en 3D », et copiée en fondu à l’infini. Le « fichier » est gardé en mémoire, bien sûr, puisque « cela ne coûte rien ». Et une fois devenu « fichier numérique », cet objet est transmissible par Internet d’un ordinateur à un autre, d’un bout du monde à l’autre, par simple « copier/coller ».
 
Au final, ce métier très technique, plein de procédures complexes et occultes, dont dépend la qualité de votre bijou, est en train d’évoluer comme notre époque : vers une « merchandisation » d’un « produit » industriel, conçu par des ordinateurs , réalisé par des automates.
 
Les « automates » et les « ordinateurs » font des bagues très jolies à l’oeil, il n’y a pas de problème. Toute la question est de savoir quel bijou voulez-vous.

 
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