Bijouterie durable

MEDAILLE DE BAPTEME : LAQUELLE CHOISIR ?

Le baptême est le premier Sacrement de l’Eglise catholique.

Même si le sujet de ce dossier n’est pas le Baptême en tant que tel, il faut quand même bien admettre que la médaille « de baptême » est un objet purement religieux, qui marque un signe d’appartenance à l’Eglise, peut-être encore davantage qu’autrefois, en notre époque de laïcité exacerbée.

« Notre médaille nous rappelle en effet que nous avons été incorporés au Christ et que, en vertu de cette appartenance, nous devons vivre en cohérence avec l’Evangile… Notre médaille est l’expression de notre confiance en Dieu. Portons-la avec foi…» (Juliette Levivier, dossier « La médaille de baptême » - Famille Chrétienne du 16 janvier 2016).

Cela étant dit, en tant que fabricants de ces objets mythiques et sacrés, essayons d’apporter notre contribution à cette réflexion : quelle médaille de baptême faut-il offrir ?
 
FABRICANT DE MEDAILLES frappées.

Rappelons ici que la Société Ducros fabrique ces médailles depuis maintenant plus de 90 ans avec le même soin, la même passion, la même vénération. L’aspect technique de ce point est présenté dans une vidéo sur ce site, que l’on trouve dans la rubrique « notre métier ».

Ce que l’on voit dans cette vidéo, c’est la fabrication « traditionnelle » des médailles, celles que l’on appelle « frappées » ou « forgées ».

En 2015, les artisans comme nous, qui frappons encore les médailles sur des matrices, sont extrêmement rares. En terme professionnel, on dit que les médailles frappées sont « nobles ». Ce sont des articles de haute valeur, dont les processus de fabrication respectent des « règles de l’art » multi séculaires, et qui « font la vie ». On en trouve aujourd’hui chez les antiquaires, dans les ventes d’objets d’art, preuve de leur qualité, de leur valeur intrinsèque.

Désormais, de nombreux artisans façonnent leurs médailles avec de la cire. Soit ils font des moules de l’objet fondu qu’ils ont « créé », soit ils copient des médailles existantes. Cette technique étant bousculée par une autre, on procède aujourd’hui par CAO (Conception Assistée par Ordinateur) pour copier (avec un scanner « 3D ») ou dessiner des modèles, au grès des modes, des « tendances », des désirs plus ou moins exotiques d’une clientèle toujours plus désireuse de « nouveautés » et plus inculte en matière de « règles de l’art » et de savoir-faire ancestral.



QUELLE EFFIGIE ?

Un collègue fabricant très renommé annonce dans « l’Officiel de la Bijouterie » de janvier 2016  qu’il a créé des modèles de médailles de baptêmes « plus laïques ». Son directeur explique : « La France ayant un fort taux de natalité, on peut voir que la tradition d’offrir un bijou à cette occasion demeure vivace mais les goûts du public évoluent… Quand le monde change, les entreprises doivent suivre et s’adapter aux tendances du marché… Ainsi il y a aujourd’hui une demande pour des motifs à fort symbole mais autres que religieux… ».

Ce que dit ce médailleur, c’est que la médaille « de Baptême » est en train de devenir la médaille « de naissance ». Ce n’est pas la même chose. En effet, si la médaille « de baptême » devient « laïque », c’est la notion même de Baptême qui disparaît, puisque le Baptême est par essence « religieux »… Ce responsable évoque le « taux de natalité ». Celui-ci n’a rien à voir avec le  « taux de baptisés » : dans l’un ou l’autre cas, on ne comptabilise pas du tout la même chose.

Donc, avant de poser la question : « quelle effigie ? », il faut déjà poser la question de fond : est-ce une médaille « de baptême » que l’on veut, ou une médaille « de naissance » ?... Juliette Levivier dans « Famille Chrétienne » poursuit : « La médaille [de baptême] n’est pas la version christianisée de la patte de lapin, mais le sceau baptismal. Aussi doit-elle être frappée d’un symbole chrétien et non représenter un signe du zodiaque !... »

Le monde moderne a tellement évacué la question religieuse de la culture publique qu’il faut rappeler les grandes évidences d’antan. « La médaille de baptême est un signe, le signe de la foi … un signe doit être …. signifiant. » (Juliette Levivier, idem) : ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.

Donc, revenons à la question : quelle effigie ?



Autant que l’histoire, il suffit de regarder les catalogues des grands fabricants de médailles de Baptême. Ce qu’on y voit, ce sont essentiellement des effigies de la Vierge Marie. Et cela semble normal.

En effet, tout baptême finit par une consécration de l’enfant à la Sainte Vierge Marie, sa Mère spirituelle, notre Mère à tous, la « Bonne Mère », comme on dit à Marseille… et ailleurs. Pendant des centaines d’années, l’effigie de la Vierge Marie a été l’effigie unique de toutes les médailles de baptême, dans leur diversité d’expression. Très souvent, les « Vierges locales » constituaient les meilleures médailles de Baptême : Notre-Dame de Fourvière à Lyon, Notre-Dame de France au Puy, Notre-Dame de Grace à Toulouse, Notre-Dame de la Garde à Marseille, Notre-Dame de Paris à Paris, etc. etc, sans parler des innombrables effigies « anonymes » de la Vierge Marie, toutes plus belles les unes que les autres, au grès de la foi des artistes qui les ont sculptées.

Une mode récente laisse voir une forte demande pour les effigies de « Vierges à l’enfant ». Bien sûr, une « Vierge à l’enfant » est une effigie de la Vierge Marie, -et il en existe de très belles, vraiment,- mais il ne faut pas se tromper d’évènement. La « Vierge à l’enfant » célèbre la maternité. La maternité célèbre la mère et non l’enfant. De plus, la maternité fige le temps de l’enfant, en tant que bébé. Or ce bébé va grandir. C’est-à-dire qu’il n’est pas destiné à rester enfant, blotti dans les bras de sa mère.

Autre question : y a-t-il un modèle d’effigie « garçon » et un modèle « fille » ? A notre avis, la réponse est non. La Vierge Marie, dans ses innombrables effigies, est la Mère (spirituelle) de tous, garçons et filles. On peut éventuellement procurer aux garçons une effigie du Christ, sans aucun problème, mais alors l’effigie de Jésus-Christ est aussi compatible pour les filles. Le « Sacré Cœur », par exemple, peut convenir pour tout le monde. Il y a aussi les innombrables médailles de « saints patrons » (saintes patronnes) qui peuvent constituer une très religieuse effigie en médaille de baptême.

Seule exception aux garçons : leur offrir une scène de « maternité » semble fortement déplacé. L’expérience montre qu’ils ne la porteront pas facilement, une fois adultes.


 
QUEL FORMAT ?

Là encore, tout est question de mesure. Au-delà de l’aspect, le format fait souvent appel à la notion de prix.

Dans les années 1960, 90% des médailles de baptême avaient un format de 21 mm. Dans les années 1990, on tombe à 18mm. Dans les années 2015, il n’est pas rare de voir des médailles de baptêmes de 15 mm de diamètre. Dans cette évolution, il y a bien sûr le prix du métal mais aussi le prix de l’estime.

Le prix de l’or a terriblement évolué durant ces périodes. Les médailles de baptêmes de nos grands-mères pesaient souvent plus de 6 grammes. Celles de nos parents autour de 4 grammes. Désormais, on considère qu’une médaille qui pèse plus de 3 grammes est « invendable ».  En fabrication, la « guerre » au poids est une préoccupation constante.

Autre question : quel métal ?

Face au budget que représente une médaille en or, le métal à « 9 carats » semble apparaître comme une alternative courante. (Sur ces questions de nature de l’alliage, voir notre dossier « Le titrage de l’or »). On ne peut pas nier les contraintes de budget pour les parrains et marraines. L’essentiel est de bien le savoir ce que l’on veut, et de ne pas croire qu’une médaille en or « 9 carats » aura la même valeur (ni en prix, ni en estime), qu’une véritable médaille en « or 18 carats » - poinçon « tête d’Aigle ».

A notre avis, il vaut quand-même mieux offrir une médaille « 9 carats » en 18 mm qu’une médaille « 18 carats » en 15 mm, vraiment trop petite pour une médaille de Baptême.

Enfin, si la contrainte de budget est importante, il vaudra mieux offrir une médaille en « vermeil » qu’une médaille en or « 9 carats ». Pourquoi cela ? Pour la seule raison qu’au moins, en « vermeil », on sait de quel métal est frappée l’effigie. (Voir notre dossier « le vermeil »).
 
LA GRAVURE

La tradition, c’est aussi de faire graver la médaille de Baptême. C’est la reconnaissance de l’évènement majeur d’une vie. S’il est vrai qu’on ne fait pas de médailles pour les petits évènements, qu’en est-il de la gravure ?

On ne grave que les choses vraiment importantes. De toute la vie de cet enfant, le seul objet précieux gravé sera peut-être sa médaille de Baptême…
98% des gravures sont constituées par le prénom de l’enfant et sa date de Baptême. En effet, c’est bien d’une médaille « de Baptême » dont il s’agit. C’est donc l’évènement « Baptême » qui doit être marqué et non la date de naissance. On considère que l’enfant se souviendra toujours de sa date de naissance.

On doit aussi se poser la question de la nature de la gravure : « à la main » ou « à la machine » ?



En bijouterie, les professionnels ont longtemps considéré que le travail d’une machine pour graver un objet aussi précieux que la médaille de Baptême était indigne d’elle.

Mais, comme dans de nombreux domaines, les machines ont tout emporté, de sorte qu’aujourd’hui, le grand public est indifférent à la grandeur de cet artisanat spécifique. De plus, la gravure est très souvent « offerte » (c’est-à-dire « comprise dans le prix ») : généralement, ce qui est « offert » par les marchands n’a pas beaucoup de valeur, mais surtout, si c’est raté, le client ne peut rien réclamer.

Enfin, la gravure à la main est tellement difficile que les graveurs « mains » se sont tous éteints sans bruit, un peu à cause des machines, un peu à cause de l’absence de culture des jeunes générations, y compris de bijoutiers, qui ne voient dans cet art que contrainte et coût supplémentaire, et qui ne font aucun effort d’argumentation pour un acte rare et noble.

Donc, la gravure est une affaire de culture.

Si vous estimez que l’acte le plus important de la vie de votre filleul doit être vraiment marqué comme il faut, par la main d’un homme qui exerce en cela un art millénaire, vous ennoblirez la médaille que vous offrez.
 
LA MEDAILLE MIRACULEUSE .

On le sait : à n’en porter qu’une, c’est LA médaille qu’il faut porter.

Lorsqu’elle apparaît à la Rue du Bac à Paris, la Vierge Marie recommande de porter cette médaille autour du cou. Le message est clair : « Toutes les personnes qui porteront cette médaille autour du cou avec confiance recevront de grandes grâces ».

Du coup, la question mérite d’être posée : la « médaille miraculeuse » peut-elle constituer une médaille de baptême ?

Pour nous, la réponse est oui. D’innombrables baptisés ont reçu cette vénérable médaille en tant que médaille de  baptême. C’est tout de même la seule médaille au monde pour laquelle la Vierge Marie a pris la peine de se déplacer du Ciel, en prenant soin de décrire elle-même ce qu’elle désirait qu’il y fut gravé. Devons-nous résister à cette injonction ? Devons-nous même nous demander si une seule autre médaille puisse « peser » quoi que ce soit face à celle-ci ?

Mais attention !

Certains fabricants de médailles miraculeuses ont frappé leur modèle en décalant le revers, de telle sorte qu’on puisse les graver. Pour nous, c’est une « hérésie », au sens où l’on ne doit pas toucher aux effigies (avers et revers) de la médaille miraculeuse. Encore une fois, la médaille miraculeuse n’est pas une fantaisie humaine. Quelle main, quelle machine, auraient-elles le pouvoir de la modifier ?

Que l’on offre une médaille miraculeuse comme médaille de baptême est un choix hautement recommandable. Mais que l’on veuille graver une médaille miraculeuse pour se la « personnaliser » est un choix hautement discutable, à notre avis, au regard du respect que l’on doit aux prérogatives de cette médaille, disons, « céleste », et qui doit être respectée comme telle.
 
En conclusion, le choix de la médaille de baptême doit être en proportion de l’importance de l’évènement que l’on entend célébrer. On voit que les critères de mode prennent une importance considérable, au détriment de celui de la foi, objet de la réception du baptême (« Que demandez-vous à l’Eglise ?....Réponse : la foi….).A chacun de placer ses motivations sur le curseur de ses aspirations, de ses convictions, de son histoire, de sa culture…
 
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