Bijouterie durable

Cet entretien a été publié dans son intégralité lors du lancement de la marque "Nunc &Semper".
Seules quelques questions sont reprises ici.

 
 
Pourquoi avoir créé une nouvelle marque de bijouterie alors que la Société Ducros en exploitait déjà trois ?
 
En effet, jusqu’en 2013, la Société Ducros exploitait  3 marques :
 
une pour les médailles qui était « Marie-Or »,
une pour la joaillerie qui était « Saint-Cyprien-bjo » et
une pour la gravure qui était  « jeff-graveur ».
 
Il apparaît avec le temps que cette dispersion n’est pas efficace : triple catalogues, triple écrins, triple sites… et au final, triple « images » pour nos clients, qui ne savaient plus très bien à quelle casquette ils devaient s’adresser…
 
Nous avons voulu rassembler tous nos métiers sous une seule et même marque, qui ne « cloisonne » pas les activités.
 
 
Pourquoi  alors ne pas avoir pris le nom de la Société qui est « Ducros », tout simplement ?
 
Parce que « Ducros » est un nom quasiment « commun » en France, et que de grandes Sociétés s’appellent déjà par ce nom.
 
Lorsque nous avons racheté les « parts sociales » d’une Société qui s’appelait « Ducros », (bien avant nous, puisqu’elle a été fondée par Monsieur Léon Ducros, il y plus de 90 ans), nous avons gardé le nom de cette Société en tant qu’appellation juridique, car elle avait déjà une certaine notoriété dans le petit monde de la bijouterie Lyonnaise.
 
Désormais, nous voulions trouver un nom commercial qui ait une vraie signification.
 
 
Comment en arrive-t-on, à travers cette démarche, au nom « Nunc et Semper » ?
 
Le choix du nom d’une marque est un long cheminement… On tâtonne, on demande les avis des gens, on affronte des contradictions…
 
La priorité absolue à travers ce nom, c’était d’évoquer à la fois une notion de « durée » et de « transmission des savoir-faire ».
 
« Nunc et Semper » correspond tout à fait à ce double objectif puisque cela signifie « maintenant et pour toujours ».
 
 
Fallait-il employer le latin ?

 
L’emploi du latin a une double conséquence :
 
- soit nous avons à faire à un latiniste, et dans ce cas le visiteur comprend tout de suite ce que nous voulons dire. Mais il ne faut quand même pas être un grand latiniste pour comprendre cette locution ancestrale extrêmement connue.
 
- soit nous avons à faire à quelqu’un qui ne comprend pas ce nom et dans ce cas, le visiteur est appelé à s’interroger. Faire interroger un visiteur rien que sur le nom d’une marque, les gens du marketing vous diront que c’est intéressant …
 
 
On a quand même l’impression que ce nom ne fait pas très « moderne »…
 
Pour nous, c’est le contraire !
 
En effet, ce qui est « moderne » aujourd’hui est appelé à vieillir. Les objets qui étaient présentés comme « tendance » il y 5 ans sont complètement « out of date » 5 ans plus tard. Tandis que ce qui est « intemporel », c‘est un article qui est fabriqué aujourd’hui, et qui gardera tout son sens dans 50 ans et davantage.
 
J’aime beaucoup cette citation que l’on trouve dans le magnifique « Métiers d’art, l’excellence Française » (Hélène Farnault - Editions du Chêne - Page 48) : « La tradition … est au-delà de la temporalité. Elle ne se rapporte pas à ce qui est advenu mais à ce qui est permanent … Elle ne s’institue pas à rebours de la nouveauté, mais constitue le fonds duquel les mutations doivent provenir pour acquérir signification, durée … » - Joseph Macé-Scaron.
 
 
Comment se manifeste l’« intemporalité » que vous revendiquez ?
 
« Nunc et Semper » est exploitée par une entreprise qui a 90 ans d’âge, qui travaille en respectant des règles de l’art qui sont plus vieilles qu’elle. Nous sommes fiers de notre savoir-faire, et nous souhaitons seulement le faire perdurer, sans l’opposer à une prétendue « modernité ».
 
On frappe les médailles comme les frappaient notre fondateur, on les grave à la main, on travaille le métal comme avant, on tire le fil « au banc à étirer », on forge « au dès » etc : toutes ces techniques sont un peu occultes pour les clients, mais le monde de la bijouterie est aujourd’hui révolutionné par des pratiques de fabrication qui font disparaitre un grand nombre de ces savoir-faires.
 
 
Finalement, « Nunc et Semper » arrête le temps  …
 
Nous sommes bijoutiers, rien d’autre. Dans notre petit domaine, nous espérons que nos visiteurs se feront plaisir en regardant des bijoux, parfois très simples comme un jeton gravé à la main, mais toujours faits avec amour et passion…
 
Ce sont  ces petites choses qui font les grands bonheurs, les grands souvenirs…
 
Je viens de lire une pensée rapportée par  Bruno de Cessole, qui cite un ouvrage paru sur un écrivain peu connu, Jean-René Huguenin, qui disait : « Le goût des choses périssables est sacrilège. Je veux consacrer ma vie à affirmer mon amour des choses qui demeurent… »
 
Sans aller jusqu’au « sacrilège », il est réconfortant de savoir qu’au siècle de la « branchitude » et du « jetable », il y a des choses « qui demeurent ». Ces choses-là  « n’arrêtent pas le temps ». Elles passent au milieu de lui, sans être altérées par la notion de mode et par « l’énervement prodigieux » du zapping de notre époque.
 
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